Novembre 1961

 

page de garde du site

  

1 Novembre 1.961:

Pour célébrer l'anniversaire du début de la rébellion, le F.L.N. a donné des consignes de piednoirades globales, qui se traduisent par des manifestations de foule, durement réprimé par l'armée et la police. Au total 90 personnes ont été tuées, 3 à Alger, 5 à Medea, 15 à Batna, 2 à Bône, 3 à Constantine, 18 à ras-el-aouin, 15 à m'sila…3 soldats ont été tués dans ces émeutes .On note qu'il aura fallu attendre fin 1.961 et la volonté affichée de de Gaulle de livrer l'algérie au F.L.N. pour que le peuple algérien se dresse enfin (modérément) contre ses oppresseurs, courant ainsi au secours de la victoire.

 A Paris aussi, on manifeste contre le racisme (et non en mémoire du premier novembre 1954) (mais c'est quand même pour le F.L.N. et à la même date, faut pas trop effaroucher le pigeon) dans de nombreux quartiers.

A Turquant, Ben Bella entame une énième et toujours médiatisée grève de la faim.

 

2 Novembre 1.961:

Piednoirades à l'occasion de l'enterrement des manifestants du premier novembre tués par l'armée, la foule musulmane descend sur la ville française et met à mort tous ceux qui ont le teint clair. 6 morts et 33 blessés. les médias ont d'autres chats à fouetter, ceux qui en parlent comprennent et excusent les réactions des musulmans. Les mêmes condamnent les ratonnades qui ont pourtant la même origine (colère aveugle et désespérée) , on voit bien qu'ils exigent des français d'algérie un autre niveau de contrôle de soi et de grandeur d'âme que des musulmans, leur racisme s'étale ainsi de façon ouverte.

Après le questionnaire du 4 Octobre, les préfets d'algérie sont interrogés par un nouveau questionnaire sur leurs opinions sur l'algérie indépendante. Pratiquement tous sans exception, ils notent que la seule protection possible des musulmans engagés à nos cotés est le transfert en métropole et que très peu d'entre eux l'envisagent.

 A Tunis, le GPRA se plaint que l'armée ait ouvert le feu lors des manifestations de la veille.

A Paris un musulman tire sur un groupe de policiers, 3 blessés.

Dans l'express de ce jour Jean-Jacques Servan Schreiber, une des grandes consciences de l'époque écrit dans son journal "l'express": Il y a un allié naturel et puissant pour la France en Algérie: le F.L.N. Il y a un adversaire acharné: l'O.A.S. Installer le F.L.N. à Alger, c'st dur. Oui c'est dur, mais il n'y a pas d'autres alternative."

 

3 Novembre 1.961:

Un adjudant abattu à Alger.

Un avocat à Sétif.

Un livreur et un mécanicien à Oran.

Embuscade à Boghari, 9 militaires tués et 5 blessés.

 Attentat au plastic au domicile du comte de paris à louveciennes.

De Tunis, dans une interviouve à radio Luxembourg, le ministre de l'information du GPRA (donc un deuxième couteau) déclare: "nous voulons que les français d'algérie restent en algérie, parce que nous savons que pour la majorité d'entre eux c'est leur pays" Ouf, la face de de Gaulle est sauvée, va pouvoir foutre le camp.

 

4 Novembre 1.961:

Un instituteur assassiné à Alger.

Soustelle, clandestin, à un journaliste américain : "le général dD gaulle est mort à colombey entre 1951 et 1958, malheureusement, personne ne s'en est aperçu".

 

5 Novembre 1.961:

 Farés, notaire, ancien président de l'assemblée algérienne, réfugié à Paris pour être à l'abri, est démasqué comme le grand argentier du F.L.N. Il est arrêté ainsi que deux complices chrétiens. Dans sa comptabilité, la police découvre des versements effectués au profit de journaux français en particulier le Monde, France Soir, l'Humanité, l'Express, Témoignage Chrétien.

Quatre détenus FLN tuent trois gardiens de prison et s'enfuient, à Chambery.

Règlements de comptes à Longwy, un musulman tué, trois autres blessés.

 Un assassiné à Alger, plusieurs blessés.

Deux marins assassinés à Oran.

Une ferme attaquée le fermier et sa femme traités suivant les procédures habituelles.

Plastics à Alger.

 

6 Novembre 1.961:

deux fermiers français égorgés dans leur ferme près de saint cloud.

Dans le cadre du degagement des harkis, un decret leur propose des contrats renouvelables de 3 ou 6 mois, alors que les harkis avaeiet un statut de journalier. Les harkis sont trés content, ils ne se rendent pas compte que cela permettra de ne pas renouveler leur contrat. Dans un souci de discretion, Ailleret demande de ne pas communiquer aux prefets et sous prefets (à l'époque en grande majorité musulmans) le nom des contractants...

 39 détenus MNA s'évadent du camp de mauzac, en dordogne.

Plastic au domicile du sénateur maire de Bastia,.

 

7 Novembre 1.961:

Discours de De gaulle à Bastia. "En cas de rejet de la france, nos compatriotes seraient regroupés, protégés, ou rapatriés avec toutes les facilités voulues". On connaît la suite.

5 plastics à paris.7 plastics à Alger dont un gros à l'hôtel de ville, un mort, plusieurs blessés, pour une fois le système de protection de la population n'a pas fonctionné.

Un industriel assassiné à Alger.

Un conseiller municipal musulman de bou arfa tué, sa fille de six ans amputée.

Interviouve de Salan à une télé ricaine, tout baigne.

 

8 Novembre 1.961:

Un chef d'équipe et un chauffeur de taxi assassinés à Alger.

 Plastics à Paris, Perpignan et Saintes.

Deux français musulmans assassinés à Strasbourg.

34 des 39 évadés du 6 repris.

Daniel Dirler, secrétaire parlementaire du sénateur Claude Dumont est arreté comme O.A.S. Le senateur plonge dans la clandestinité.

Débat sur l'algérie à l'assemblée, ça s'engueule ferme. Lors de l'examen par l'Assemblée nationale de la loi de finances pour 1962, Marc Lauriol, rapporteur spécial du budget de l'Algérie, insiste sur le fait que "le plan de Constantine suppose [ ... ] pour que le circuit dans lequel il se place soit parfait, un marché intérieur à long terme garanti: il s'inscrit dans un ensemble économique national. À partir du moment où cet ensemble vient à être rompu par des facteurs politiques ou autres, toutes les données sur lesquelles le plan a été construit s'effondrent et le plan lui-même perd son sens".

C'est d'ailleurs le constat que dresse la CGPA en 1963: "La Commission d'agrément ne s'est réunie que deux fois en 1962 et, n'eût été la ratification de deux importants projets concernant Arzew, nous aurions pu dire que les agréments ont cessé en 1962. L'échec du plan de Constantine est donc certain. [... ] Il est bien évident que l'accession à l'indépendance modifie complètement l'optique du plan."

La CEDA avait établi un État des réalisations du plan d'industrialisation de l'Algérie arrêté au 30 juin 1961, c'est-à-dire à mi cours. Compte tenu des circonstances, cet État fut complété par une seconde étude, réalisée en avril 1962, et qui présente un bilan au 31 décembre 1961. Ces deux documents nous ont permis de dresser le bilan de l'industrialisation dans le cadre du plan de Constantine. (...)

Si l'on compare les résultats obtenus aux ambitions affichées, après trois ans sur cinq de réalisation, on ne peut que constater le fossé qui sépare les uns des autres. Le décalage se situait à quatre niveaux:

- au niveau de la masse globale des investissements,

- au niveau de la répartition entre les différents secteurs,

- au niveau de la création des emplois, objectif central du plan,

- au niveau, enfin, de la localisation géographique des investissements et des emplois créés.

 

L'échec est d'abord global. De 1959 à 1961, 271,343 millions de NF d'investissements effectifs étaient comptabilisés, soit 13% de l'objectif final alors que, selon l'échéancier, il devait à cette date être réalisé à 48%.

Les responsables du plan avaient accordé la priorité aux industries légères. Ensemble, les industries alimentaires, les industries textiles et les industries diverses devaient, selon leurs prévisions, drainer plus de 43% des capitaux escomptés. En réalité, leur part n'atteint que 24% des investissements. Les mines et carrières et les industries chimiques, qui ne devaient recevoir que 13% du total des placements, en reçurent près du quart. La distorsion qui s'est opérée dans la ventilation des investissements, entre les différents secteurs d'activité, au détriment des secteurs jugés prioritaires à la réussite du plan, aggrave encore la portée de l'échec global. (...)

La création dans l'industrie de 110 000 emplois constituait le but majeur du plan. Curieusement, pourtant, aucune statistique ne paraît avoir répertorié les résultats acquis dans ce domaine. Malgré tout, l'ensemble des ouvrages consacrés à la guerre d'Algérie et qui abordent ce sujet évoquent le chiffre de 20 000 emplois nouveaux, chiffre provenant sans doute d'estimations ou de déclarations officielles. On peut cependant tenter une évaluation des postes de travail créés en appliquant le coefficient d'emploi de chaque secteur, retenu par les concepteurs du plan, aux investissements réalisés. (...) En supposant que chaque centime investi ait été efficient, le plan aurait produit moins de quatorze mille emplois industriels, au 31 décembre 1961. Si l'on se reporte à l'échéancier du plan, on mesure l'ampleur du retard accumulé, puisque 13 100 emplois devaient être créés dès 1959, 22770 supplémentaires en 1960, 24370 en 1961, soit pour ces trois premières années un total de 60240. Alors que 53% des 114 460 postes de travail auraient dû exister, on en était tout au plus à 12%!

Par le jeu d'aides différenciées, les responsables du plan de Constantine espéraient remodeler la géographie industrielle de l'Algérie, au détriment d'Alger qui concentrait les deux tiers de l'activité industrielle de la colonie en 1958. Il s'agissait à la fois d'éviter l'hypertrophie de la métropole algérienne et d'essaimer les emplois nouveaux. Cette politique d'aménagement du territoire se solde par un double échec: d'une part, si l'on exclut le secteur minier, dont les sites d'exploitation sont imposés, la région d'Alger draine 66% du total des investissements, devançant très largement Constantine qui n'en reçoit que 19% et Oran qui n'en attire que 15%; d'autre part, dans l'agglomération algéroise elle-même, 98% des investissements se concentrent dans les zones 1 (Alger ville) et II (banlieue d'Alger), c'est-à-dire dans la ville et sa banlieue immédiate, délaissant la zone III (grande banlieue) et ses zones industrielles suburbaines qui restent en friche. Dans les deux autres régions, bien que de manière moins accentuée, ce phénomène de concentration se vérifie aussi, au profit de Bône et de Bougie dans le Constantinois, à l'avantage d'Oran et de Mostaganem en Oranais, c'est-à-dire dans les quatre villes côtières qui bénéficient de l'installation des terminaux des oléoducs et du gazoduc. La répartition spatiale des investissements, selon qu'ils portent sur des créations ou des extensions, renforce encore la polarisation de l'industrie autour d'Alger qui concentre 68,50% des investissements visant à des créations.

Daniel Lefeuvre Chère Algérie, ISBN2-08-210501-6

Sans critiquer le travail exhaustif de monsieur Lefeuvre, on doit s'étonner de ce qu'il ne parle jamais de batiment travaux publics. Or ayant connu des personnes impliquées dans le plan de Constantine (et plus generalement dans le processus de création d'emplois en algerie) je sais qu'il était prévu que ce secteur industriel serait le premier créateur d'emploi.

En effet le marché algérien était extremement porteur (on n'a pas oublié la politique des mille villages) la demographie et le retard qualitatif, ainsi que le regroupement autour des villes aidant. Les equipements publics (écoles, mairies, lycées, gendarmeries...) avaient reçu une formidable impulsion. Enfin, la main d'oeuvre de faible qualification pouvait s'y employer. Ces elements n'avaient pas échappé aux planificateurs. Les résultats de cette branche économique étaient bien meilleur que ceux des autres branches. Je serai heureux d'avoir des témoignages sur les chiffres de ce secteur.

 

 

 9 Novembre 1.961:

5 plastiqueurs arrêtés à Blida.

38 plastics à Alger.

Le commissaire Grassien, chef de la brigade spéciale anti O.A.S. a réuni dans un restaurant sa brigade, pour fêter son retour en métropole, avec de minces résultats. Soudain la porte du restaurant s'ouvre, deux tueurs avec des pistolets mitrailleurs ouvrent le feu, un mort, le commissaire principal Joubert, et dix blessés. Il est maintenant clair pour Paris que toute la population est complice de l'O.A.S., et que de nouvelles méthodes doivent être employées, ce seront les barbouzes

 .7 plastics à paris, un à Bastia, un à Toulon.

La répression contre l'O.A.S. : Pour ne citer que des documents irréfutables, je mentionnerai le rapport de sept médecins, dont trois d'Alger, un de Lyon, un de Marseille, un de Paris et un de Montpellier, sur l'infâme camp de concentration de Djorf, où deux cents internés ont été jetés dans des locaux "impropres au logement d'êtres humains", sans eau et presque sans nourriture.

La Commission des Lois de l'Assemblée nationale a envoyé en Algérie une mission parlementaire composée d'un socialiste, de trois U. N. R., d'un M. R. P., d'un indépendant et d'un membre du groupe "Unité de la République." Le rapport de cette mission, (Assemblée Nationale, numéro 1513, 9 novembre 1961.) signé par son président, Sammarcelli (U. N. R.), est écrasant. "Au cours de la visite du centre d'hébergement (lisez: camp de concentration) de Douéra, des plaintes ont été formulées par une dizaine d'internés qui, au terme de la garde à vue, n'avaient pas été déférés au Parquet sous quelque inculpation que ce soit et étaient donc présumés innocents, faisant état de violences graves ou de sévices subis par eux au cours de leur interrogatoire.

"A l'appui de leurs affirmations, ils décrivaient avec précision les lieux dans lesquels ces interrogatoires avaient été effectués. Les membres de la mission, qui avaient déjà pu voir sur ces personnes les traces de sévices graves, tinrent à vérifier immédiatement, par une visite sur place, la véracité de leurs dires. Force est de constater que la disposition de certains des locaux visités correspondait parfaitement aux descriptions qui en avaient été faites. Il est donc possible de conclure que les récits faits étaient véridiques."

Le nom du colonel Debrosse a été cité à maintes reprises en rapport avec les sévices commis, notamment à la caserne des Tagarins. Peu de temps après, ce colonel fut muté en métropole, non point en disgrâce mais avec un avancement considérable

(d'après Soustelle).

Ces faits ne suscitent nulle émotion chez les professionnels de l'émotion et des droits de l'homme.

 

10 Novembre 1.961:

 Un chauffeur poids lourd assassiné à Alger.

 Pendant le vote du budget de l'algérie, Valentin dépose l'amendement suivant: Pour remédier aux insuffisances d'effectifs, compte tenu des missions de l'armée en Algérie, le gouvernement peut procéder, dans la limite de huit classes, à des appels sous les drapeaux des citoyens français du sexe masculin appartenant à la disponibilité et à la première réserve domiciliés dans les départements d'algérie".

"C'est l'amendement de l'O.A.S.!" s'exclame M. Boscher (U.N.R.). M. René Schmitt (socialiste) : "…Mais il y a le second paragraphe dont les termes présentent une extraordinaire similitude avec le message que l'ex- général Salan a envoyé le 11 septembre à tous les parlementaires!" M. Mesmer, ministre des armées : "…Ce vote serait non seulement une faute, un acte démagogique, mais un crime. Je suis tellement convaincu d'avoir raison que, si, par malheur, la réduction de la durée du service militaire à dix-huit mois était votée dans les circonstances actuelles, je n'accepterais pas un instant de plus la responsabilité du ministère des armées".

M. de Lacoste-Lareymondie (indépendant) : "Tant mieux!"

Mis aux voix, l'amendement est repoussé par 383 voix contre 80.

 Le journal "Le Monde" titre dans son numéro daté du 11 novembre 1961 : "Les thèses activistes ont trouvé quatre-vingts partisans au Palais- Bourbon."

Les quatre-vingts députés ayant voté en faveur de cet amendement sont :

4 M.R.P. : MM Commenay, Devemy, Domenech (journaliste), Ihuel.

25 Indépendants : MM Benelkadi, Caillemer, de Carville, Colinet, Deshors, Dixmier, Godonnèche, Guitton, Du Halgouët, Hémain, Hénault, Jarrosson, Joyon, Lacaze, de Lacoste Lareymondie (conseiller d'état), Legendre (maire de Compiègne), Le Montagner, Le Pen, Maloum, Sallenave, Sy (chargé de recherche au C.N.R.S.), Trémolet de Villers, Turroques, Vayron, Yrissou (inspecteur des finances, maire de Gaillac, ancien directeur de cabinet d'Antoine Pinay).

34 Unité de la République : MM Abdessalam (ancien champion de France de tennis), Arnulf, Arrighi (conseiller d'Etat), Azem Ouali, Battesti, Béraudier (suppléant de Jacques Soustelle), Biaggi, Boualam Saïd (bachaga, vice-président de l'assemblée nationale), Brice, Canat, Cathala, Colonna, Delbecque (ancien président de la commission des affaires culturelles de l'assemblée nationale), Deviq, Djebbour, Grasset, Ioualalem, Kaouah, Laffin, Laradji, Lauriol , Legroux, Marçais (professeur à la faculté des lettres d'Alger), Marquaire, Messaoudi, Miriot, Molinet, Picard, Portolano, Poutier, Puech-Samson (compagnon de la libération), Renucci (général de division), Thomazo (colonel, ancien vice-président du groupe U.N.R. de l'assemblée nationale), Vignau.

16 Non-Inscrits : MM Agha Mir, Alduy (préfet, maire de Perpignan), Bidault (ancien président du C.N.R., ancien président du Conseil, compagnon de la libération) , Caillaud, Camino, Jean-Paul David (maire de Mantes-la-Jolie), Ernest Denis, Fabre, Heuillard, Lebas (ancien inspecteur général de l'administration), André Marie (ancien président du Conseil), de Montesquiou, Rossi (sous-préfet), Royer (maire de Tours), Jean Valentin, Vaschetti.

1 U.N.R. : M. Sahnouni.

 Honneur à eux.

L'objectif poursuivi par Salan est d'installer l'OAS au coeur de la vie politique. C'est chose faite le 8 novembre. Un débat s'ouvre ce jour-là à l'Assemblée nationale sur la politique algérienne du gouvernement Les parlementaires encore acquis à l'Algérie française sont chauffés à blanc. En présence de Louis Joxe mais en l'absence du Premier ministre, Michel Debré, se déroule une séance particulièrement houleuse. Georges Bidault, Lefèvre d'Ormesson, Pasquini, Vinciguerra, Gaston Domenech et Jean-Marie Le Pen prennent la paroi pour dénoncer violemment la politique suivie en Algérie. Le lendemain, les crédits militaires sont examiné C'est alors que Jean Valentin, député non inscrit de Charente, fait la proposition suivante: "pour remédier aux insuffisances d'effectifs, compte tenu des mission de l'armée en Algérie, le gouvernement peut procéder dans la limite de 8 classes, à des appels sous les drapeaux de citoyens français de sexe masculin appartenant à la disponibilité et à la première réserve dans le départements d'Algérie". On reconnaît là sans peine la proposition exprimée en septembre par Salan et l'amendement Valentin devient immédiatement 1'"amendement Salan". Son vote est une mesure de l'influence de l'OAS sur l'Assemblée nationale: non négligeable mais bien minoritaire. En effet, 80 députés, parmi lesquels Jean-Marie Le Pen, contre 383 votent l'amendement proposé par Valentin. Une seconde chance est donnée aux tenants de l'Algérie française de faire entendre leur voix au Sénat quelques semaines plus tard. À l'occasion du débat sur le projet de loi de finances, un amendement proposé conjointement par Étienne Dailly (gauche démocratique) et Guy Petit (républicain indépendant réclame l'annulation des crédits concernant le Sahara inscrits dans le projet de budget, car ils sont jugés affectés par une partition éventuelle du Sahara et de l'Algérie. Si cet amendement recueille 106 voix contre 33, faut souligner qu'à côté des 21 abstentionnistes, 146 sénateurs n'ont pas pris part au vote. C'est un échec global pour les partisans de l'Algérie française. Au surplus ces amendements n'ont pas opéré de brèche décisive dans un parti qui est à la fois associé au gouvernement et qui compte de nombreux partisans de l'Algérie française, le Centre national des indépendants et paysans (CNIP), le parti d'Antoine Pinay, de Roger Duchet, de Valéry Giscard d'Estaing et (alors) de Jean-Marie Pen, élu député du CNIP en 1958.

On constate en effet, si l'on suit les calculs de l'historien, Gilles Richard, que les partisans les plus décidés de l'Algérie française à l'intérieur des groupes parlementaires CNIP sont en fait minoritaires. Si Salan se félicite de cette avancée au Parlement et adresse une lettre chaleureuse aux 80 députés ayant voté l'amendement Valentin l'échec n'en est pas moins patent et ce, d'autant que quelques semaines plus tard, le 15 décembre 1961 les députés qui ont voté l'amendement Valentin n'ont pas voté la motion de censure contre le gouvernement. Entre temps, différents événements ont assombri les perspectives de l'OAS en métropole. Le 16 novembre, le "Comité de Vincennes" réunit à la Mutualité un meeting qui rassemble plusieurs milliers de personnes et différentes personnalités politiques, de l'ancien gaulliste Léon Delbecque à l'ancien commissaire de police Jean Dides en passant par les députés Jean-Marie Le Pen et Bernard Lafay. Le nom du général De gaulle y est conspué, celui de Salan applaudi (Jean Dides proclame: "Gloire au général Salan") et les partisans de l'OAS peuvent y voir un brevet supplémentaire pour l'Organisation. Le pouvoir décide cependant de réagir et, le 22 novembre, le Comité de Vincennes est dissous. Pour ses membres, l'alternative est simple: arrêter l'action ou entrer dans la clandestinité. Pour les dirigeants de l'OAS, c'est une perte supplémentaire de visibilité potentielle même si, au conseil municipal de Paris, le Centre républicain et Bernard Lafay se refusent à voter des textes condamnant l'action de l'OAS dans la capitale et soutiennent Jean Dides inculpé de provocation au meurtre et écroué à la Santé à la suite de ses propos à la Mutualité.

Au coeur de l'OAS, Olivier Dard; ISBN 978-2-262-03499-3

A Paris, la police met la derniére main à l'arrestation des financiers du FLN dont de trés nombreux porteurs de valise. Tous sont interrogés par la DST sauf le denommé Baba Hamed, responsable des zones couvertes par la FPA (les harkis) et qui est conduit au fort de Noisy. Il y livre tout ce qu'il sait en particulier deux importants dépots d'arme. Après un certain temps, Baba disparaît et l'historien Neil Mac Master accuse la DST de l'avoir executé. Dans son excellent livre "Les calots bleus et la bataille de Paris" Remy Valat, ISBN 978 2 84186 382 2 Valat donne à entendre qu'il a été muni pour sa protection d'une nouvelle identité.

Le bilan militaire de la bataille de Paris est sans ambages. La FPA a capturé 94 militants des GA, dont 36 de rang supérieur ou égal à la région (deux responsables de wilaya, six responsables de superzone, neuf chefs de zone, dix-neuf chefs de région, sept chefs de section, huit chefs de groupe, quinze chefs de fraction et de cellule, un agent de liaison, vingt-sept militants), dix-neuf membres de l'OS (un chef de zone ou de région; deux commandants de compagnie; deux chefs de section; trois chefs de groupe; deux contrôleurs de l'armement; neuf membres de l'organisation) et un important stock d'armes et de munitions. Le FLN cesse les attentats et ses troupes sont démoralisées; seuls quelques militants veulent en découdre, en désespoir de cause, en exprimant leur volonté de saboter les installations pétrolières près de Paris (probablement à Gennevilliers). Le FLN est également paralysé sur le plan financier, puisque 476 millions d'anciens francs sont saisis et 96 millions sont bloqués dans les banques françaises. (Valat)

 

11 Novembre 1.961:

Deux tués, neuf blessés à Mostaganem.

Un courtier assassiné à Alger.

L'OAS organise une grandiose cérémonie à Oran, mais le dix.

Par contre, le onze, seuls les autorités sont présentes le reste de la population reste dans sa maison.

A 1O heures, les autorités officielles arrivent sur le boulevard d'Extrême-Orient pour assister au défilé des troupes. Cinquante policiers en civil sont en place et ont quelque peine à cacher le ridicule de leur présence: pas un homme, pas une femme, pas un européen, pas un musulman sur les quatre cent mille âmes que compte la cité. Les unités passent dans le vide et le silence, puis rejoignent leur cantonnement en traversant une ville apparemment déserte, dont les murs sont tapissés de milliers de drapeaux, mais dont les portes et les fenêtres sont closes.

Une messe est prévue pour 11 heures. La cathédrale est vide, elle aussi, totalement vide. Les premières chaises sont occupées par les officiels, groupés autour de l'Igame et du Général commandant le Corps d'Armée. Dix rangées sont ainsi meublées. Rapidement, deux compagnies de gendarmerie viennent combler encore quelques rangs. Derrière: rien. Rien ni personne. Ce silence et ce vide sont insupportables. On attend.

Mgr Lacaste, évêque d'Oran, se dirige vers l'autel d'un pas rapide. Messe basse: pas un enfant de choeur, pas un chant. Derrière moi, trois femmes âgées vêtues de noir sanglotent. L'une a perdu son mari en 1916 sur la Somme, l'autre a perdu son fils aîné en Italie en 1943 près de Rome, le petit-fils de la troisième est tombé en Indochine à Cao Bang. Je connaissais ces trois femmes, et je leur avais dit d'assister quand même à cet office. Je le regrette presque en les voyant seules, perdues dans ce silence qui ne fait qu'accentuer leur immense chagrin.

"Journal d'une Agonie" du colonel Bernard Moinet, ISBN 2 907862 91 x

 

32 plastics à Alger.

 Des manifestants mettent à sac l'ambassade de France à Rabat aux cris de FLN, FLN.

Paris Presse titre en manchette sur les déclarations de De gaulle de la veille à Marseille, qui seront immédiatement démenties -mais le démenti ne concerne que la seconde partie de la phrase, on l'apprendra plus tard- (De gaulle: je termine l'affaire algérienne et je m'en vais).

 

12 Novembre 1.961:

Discussion du budget de l'algérie à l'assemblée certains députés dénoncent les tortures infligées par le colonel de gendarmerie Debrosse à des détenus soupçonnés de savoir où est Salan, en particulier madame Salasc, épouse d'un médecin d'Alger, et monsieur Luchetti.

Ces tortures sont approuvées par tout ce que la france compte de droitd'lhomistes et d'adversaires de la peine de mort, aujourd'hui encore elles sont considérées comme d'excellentes tortures

 

13 Novembre 1.961:

Le conseil des ministres, transformé pour l'occasion en réunion médicale, décide d'hospitaliser à garches Ben Bella, Aït Ahmed et Khider, rendant ainsi possible les visites de Bouteflika, l'honnête intermédiaire.

Un ouvrier mineur, père de 5 enfants, qui avait eu le malheur d'être témoin d'un attentat terroriste et d'accepter de témoigner est assassiné à Lens pour éviter son témoignage. Gain sur toute la ligne, les tueurs du mineur seront recherchés jusqu'à l'amnistie (ils vivent actuellement en région parisienne) et les terroristes relaxés faute de preuve.

Une délégation de la croix rouge internationale visite les prisons française pour s'assurer que les prisonniers F.L.N. y sont correctement traités.

 Le MPC (une centaine d'homme rémunérés) se livre à sa première action de propagande à Alger. De nuit, pendant le couvre-feu, sous la protection des patrouilles de l'armée, ils collent des milliers d'affiches prônant l'algérie indépendante en coopération avec la france. Devant ce succès, la sécurité militaire leur livre des explosifs, pour une action plus "musclée". (d'après les livres de Bitterlin et de Dauer).

Un camion est attaqué sur la route des Arbaouats. 5 légionnaires tués, 7 blessés, des armes sont perdues. Le commando George se met en chasse et dès le lendemain retrouve la section fell, l'anéantisse et récupèrent les armes.

 

14 Novembre 1.961:

Trois ministres marocains viennent dénoncer chez le général de Gaulle le sort terrible fait à ce pauvre Ben Bella.

Le ministre de la justice a compté 351 plastics depuis le premier janvier 1.961, ne causant que des dommage matériels.

Barrage sur une route près de Mostaganem, quatre assassinés. Dans les environs d'En Aro, les fells assassinent quatre européens, le commandant de réserve de l'aviation Barthelemy -dit Antoine- Assorin, monsieur Lartigue, madame et monsieur Lissare. Les fells avaient arrêté le car rentrant sur Mostaganem et l'avaient mis en travers de la route. Les trois voitures qui ramenaient du travail les agriculteurs s'arrêtent, les fells les font descendre. Monsieur Lartigue cherche à se défendre, une rafale lui emporte la moitié de la tête. Les fells exécutent froidement les trois autres de balles dans le cur, mettent les cadavres dans le car et demandent au chauffeur, blessé dans l'action, de ramener le car au commissariat de Mostaganem. Le chauffeur était-il complice? la police jugea que non.

L'émotion a été très grande, en effet il y avait eu très peu d'attentat dans le secteur, on était dans une période où il était clair que De gaulle avait décidé de brader l'Algérie (c'était après la trêve unilatérale) et une action aussi brutale montrait bien que le FLN continuait à refuser aux européens le droit de vivre sur leur terre natale.

Quelques mois après, des fells blessés par l'armée sont trouvés porteurs des cartes d'identités des victimes. Ils expliquent qu'ils les gardaient comme preuve de leur action.

Un agent commercial tué à Alger.

Le délégué Morin et Ailleret étaient de passage à Oran. Alors qu'ils descendaient l'escalier d'honneur, on trouva une "bombe" qui aurait pu faire sauter cet escalier et tuer tous les officiels. Cette "bombe" placée par notre réseau préfectoral était en réalité un oeuf en chocolat, de belle dimension. Un ruban tricolore l'enveloppait avec la mention: la prochaine fois ce sera un plastic.

 

  15 Novembre 1.961:

 Les Nations Unies demandent à la france de reconnaître le statut de prisonniers politiques aux détenus algériens (de religion musulmane seulement).

Jouhaud risque de se faire épingler par sa propre organisation, il raconte: "Car le but était d'arriver à ce que l'O.A.S. contrôlât la ville, immeuble par immeuble, puis quartier par quartier. Dans un immeuble, il fallait donc diffuser les tracts et les consignes de l'O.A.S., s'assurer des sentiments des locataires et prévoir les mesures d'autodéfense en cas de troubles. Au début, les tracts et les consignes étaient glissés subrepticement dans les boîtes aux lettres. L'inconvénient apparut dès que les gaullistes et la police parallèle diffusèrent de faux tracts, sous le timbre de l'O.A.S., jetant la confusion dans les esprits. Or, la prise en main d'une population postule de pouvoir toucher tout le monde, de bénéficier du crédit moral pour être écouté, et de pouvoir en outre faire authentifier sa voix ou sa plume. Les tracts furent donc distribués personnellement par paliers et affichés devant la loge de la concierge ainsi que dans les ascenseurs. Il ne pouvait plus y avoir de méprise. Dans les bâtiments importants - et c'était le cas de celui que j'habitais - il était désigné un délégué de l'O.A.S. par étage. Lorsque le responsable de mon immeuble prit en main ses fonctions, il commença par dresser une liste des locataires, avec un coefficient correspondant aux services que l'on pouvait attendre de chacun. Il était intrigué par un certain Louis Jerbert qui logeait au second étage. Ce Jerbert, je le rappelle, c'était moi. "Mais, M. Jerbert, lui avait dit la concierge, c'est un bon Français. Il a pavoisé pour le 11 novembre."

En fait j'avais bien failli, ce 11 novembre, ne pas me conformer aux consignes de l'O.A.S. que j'avais rédigées - et rappelées à la T.V. Je trouvais fort heureusement quelques petits drapeaux que je faisais flotter sur mon balcon et me retrouvais pur de tout soupçon de la part de l'Organisation. Jerbert avait pavoisé, mais le responsable n'en était pas pour autant satisfait. Fort heureusement, son second était André, chez qui je prenais généralement mes repas. Interrogé à mon sujet, André le rassura. "Je le connais suffisamment pour vous assurer qu'il abonde dans nos idées et que vous n'avez rien à craindre de lui. - Mais alors, on va lui confier son étage et il sera le délégué O.A.S. de son palier. - Non plus, car bien que d'excellentes dispositions, ce n'est pas un homme dynamique. Il ne pense qu'aux mathématiques, il est toujours dans la lune, très étourdi et il ne servirait pas beaucoup la cause. " J'avais échappé de peu à des fonctions très dangereuses qui m'auraient obligé à changer de quartier.

 Une voiture est mitraillée à quelques kilomètres de Mostaganem, quatre européens sont assassinés, achevés dans les horreurs habituelles.

Deux partisan de l'algérie française ont été égorgé dans un douar proche.

 

16 Novembre 1.961:

Ben Bella affirme à la presse qui le visite dans son hôpital: "nous ne faisons pas de notre libération un préalable à la négociation".

A Moscou la foule en délire attaque l'ambassade de France pour exiger la libération de Ben Bella.

Rapport médical concernant monsieur Ziano, traité par les gendarmes de Debrosse: marques de brûlures dues à l'électricité, sang dans les urines suite aux traumatismes, présence de plaies rectales qui n'ont ni le siège ni l'aspect de fissures spontanées. Torture, oui, mais bonnes tortures qui sont unanimement acceptées de nos jours par tous les humanistes et autres autorités morales.

Le Comité des Affaires algérienne de ce jour décide de limiter à l'avenir la venue de français de souche nord africaine en france "aux stricts besoins de l'économie".

 

17 Novembre 1.961:

Deux plastics à Paris, dans les quartiers chics.

Un pilote d'air algérie tué d'une rafale de pistolet mitrailleur dans la rue à Alger. (il aurait refusé d'aider l'O.A.S. ).

Un instituteur d'une balle dans la tête.

D'autres attentats sur toute l'algérie font 8 morts et 17 blessés.

Nombreux plastics.

 

18 Novembre 1.961:

Pour avoir prononcé une allocution en faveur de l'algérie française et à la gloire du général Salan (à l'époque dans la clandestinité de l'algérie) l'ex commissaire Dides, conseiller municipal gaulliste, est inculpé de provocation au meurtre, de provocation au crime, d'offense au président de la république et d'atteinte à la sûreté de l'état, la totale.

Le vrai problème est bien sûr que ce meeting, organisé par le comité de Vincennes (Bidault, Soustelle, Morice) avait réuni des dizaines de milliers de personnes. Le même jour des étudiants manifestent pour la paix en algérie (c'est à dire pour l'abandon, l'assassinat des harkis et le départ de leurs compatriotes) et le gouvernement en arrête 250.

Deux plastics à Marseille.

Emission pirate à Alger.

 Affaire Levy: "Or, dès le début, à l'époque même où ces attentats pouvaient passer pour sélectifs, des bavures sérieuses commencèrent à être signalées. L'une d'elle a fait couler beaucoup d'encre: l'assassinat à Alger, le 18 novembre 1961, de William Levy, secrétaire de la SFIO locale. Ce meurtre gêna considérablement le général Salan, qui, guidé par Susini, avait entrepris une vaste campagne de propagande en métropole, en direction des milieux politiques opposés au général de Gaulle. Le secrétaire général de la SFIO, l'ancien Président du Conseil, Guy Mollet avait été particulièrement courtisé. Tous ces efforts furent minés par l'assassinat de William Levy. Il est difficile de savoir encore aujourd'hui ce qui s'est réellement passé. Le docteur Perez nous a affirmé ceci: "L'affaire Levy a été une erreur et elle n'a jamais été commandée par l'échelon supérieur. Elle a été décidée et exécutée localement par quelqu'un qui a fait un excès de zèle". Jean-Jacques Susini a déclaré pour sa part : "le meurtre de Levy était contre- productif, extrêmement gênant". Par contre Jacques Achard, le responsable du secteur Orléans- Marine, donc des commandos qui ont agi, a affirmé qu'il y avait eu un BR (Bulletin de renseignements) au nom de William Levy : "J'ai reçu, j'ai vu passer, puisque chacun des commandants de secteur, recevait un ordre, un ordre d'opération ponctuelle, et il y en avait un sur William Levy". A en croire ce témoignage, (il est vrai tardif, et, émanant d'un homme diminué), la responsabilité des dirigeants clandestins serait engagée.

Selon des sources différentes, c'est un autre Levy, responsable d'un syndicat de chauffeurs de taxis qui était visé et il fut d'ailleurs également tué. Les archives du journal Le Monde signalent en effet, le16 novembre 1961,qu'une seconde personne portant ce nom avait été abattue. On mesure la confusion sanglante qui régnait alors dans les rues de la capitale algéroise. Ces errements vont peu à peu submerger la direction de l'O.A.S.

Ne subsisteront jusqu'au bout, que l'ORO et le BAO, entraînés dans une fuite en avant dramatique. Cette évolution a différentes causes. Le manque d'homogénéité du commandement en est une. L'indiscipline foncière des commandos de base, formés de gens particulièrement effervescents en est une autre. L'incohérence pratique de plus en plus marquée de beaucoup des actions de l'O.A.S. en découle directement.

Les exactions aveugles contre les Musulmans en deviendront le signe de plus en plus flagrant. Réactions de colère d'abord aux attentats du FLN, elles apparaîtront avec le temps comme la seule réalité de l'action clandestine, surtout dans les dernières semaines. Il y a à cela une raison aussi tragique que simple: quand on pratique l'action directe sur une grande échelle, on frappe des cibles que l'on peut atteindre. Il est plus facile d'abattre le boutiquier du coin qu'un chef musulman nationaliste retranché en pleine zone arabe. C'est ainsi que le FLN avait toujours agi, de son côté, contre les Européens. Jean-Marc Rouanet, un ancien dirigeant des commandos Z de l'O.A.S., s'est exprimé très clairement à ce sujet. Aujourd'hui cadre d'une importante société multinationale, il a analysé le passé avec une certaine rigueur. L'écrivain américain A. Harrison rapporte ses propos: "Il n y avait pas de stratégie, en tant que telle" dit-il. "l'O.A.S. a débuté et a continué jusqu'au bout comme une réaction élémentaire de la base. Elle a, pour l'essentiel, consisté en actions mineures accomplies par de petits groupes armés. Jamais l 'OA.S n'a été bien structurée et ses actions coordonnées".

encore "la phase finale de la guerre d'algérie", Monneret, l'harmattan, ISBN 2-7475-0043-8

voici le témoignage de Jouhaud qui était le 24 à Alger pour rencontrer Salan. "Je constatais, par ailleurs, que si j'avais des difficultés à Oran, elles étaient mineures par rapport à celles d'Alger, où Leroy et Villars menaient des actions dangereuses par leur caractère autonomiste. Ils rejetaient toute autorité et le lien qui les unissait à l'organisation était très ténu, Susini arrivant seul à se faire écouter d'eux, et non sans difficultés toutefois. De même qu'à Oran, certaines actions dites "ponctuelles" étaient le fait d'isolés. Je peux affirmer que le général Salan fut le premier surpris par la mort de William Levy, militant S.F.I.O. d'Alger. Et je peux assurer que Godard demanda devant moi à Degueldre, qui avait donné l'ordre de cet attentat. Je ne suis pas certain que Roger (Degueldre) le savait. Ainsi donc, à Alger comme à Oran, il nous était impossible de contrôler rigoureusement l'activité de nos groupes et certaines actions étaient déplorables."

 

19 Novembre 1.961:

Perquisition au siège du comité de Vincennes.

Arrestation d'une personne accusé d'avoir participé au dernier attentat contre de Gaulle.

Plastic à l'ambassade du Maroc.

Plastics à Lyon, Nîmes, Paris.

Le capitaine Sergent fait à Salan rapport de ses contacts avec les hommes politiques français. Nombreux sont ceux qui ont accepté de le rencontrer, nombreux sont ceux qui lui ont marqué de la sympathie et donné des promesses. Le plus engagé et le plus ancien dans le grade le plus élevé est Antoine Pinay, ancien premier ministre, ancien ministre de De gaulle. Bidault en est (le seul qui agira conformement à ses paroles) mais aussi Mollet, Pleven, Monerville, Lejeune, Marie. Pinay aurait approuvé le plan de Sergent:"Une fois Salan au pouvoir en Algérie, qu'il adresse un appel à la nation, Algérie française, respect de la constitution violée en permanence par son père, renvoi du contingent, appel à un gouvernement d'union national". (d'aprés Histoire secrée de l'OAS, de Fleury, source douteuse).

 

  20 Novembre 1.961:

 Monsieur Lachenaf, secrétaire général du syndicat FO des dockers d'Alger meurt à la suite de blessures reçues lors d'un attentat FLN.

Grenade à la sortie d'un cinéma à Constantine, 5 morts, 11 blessés.

Roger LA BERENE. Faisait partie d'un groupe d'action de l'Organisation. Tué le 20 novembre 1961 par les forces gaullistes.

Claude Chevrot

Retour de Strasbourg Bitterlin apprend qu'un de ses hommes a enlevé deux militants O.A.S., les a torturé et a ainsi permis le démantèlement d'un des réseaux O.A.S., le réseau Brutin.

 

21 Novembre 1.961:

Un agent des PTT assassiné dans la basse casbah.

Emission pirate de l'O.A.S.

Un dentiste tué à Alger.

Attaque de la foule à l'arme automatique dans le marché aux poissons d'Oran, un tué, 4 blessés.

Un homme poignardé à Oran.

L'O.A.S. récupère dans les colis officiels les tracts imprimés à paris par les gaullistes et signés "organisation clandestine du contingent", destinés à faire hésiter les officiers sur l'attitude du contingent en cas de nouveau putsch.

Devant les rideaux de fer tordus et les vitres pulvérisées, les patrons des établissements détruits s'en prenaient à l'O.A.S. qu'ils soutenaient financièrement et qui n'assurait pas la sécurité. "Le Coq Hardi", "La Brasserie de Joinville", "Le Petit Bonheur", "L'Otomatic", "Le Tantonville", "Le Viaduc" et "Le Cheval Blanc" sautèrent en une seule nuit (celle du 20 au 21 novembre 1961). Oeuvre des barbouzes de Lemarchand/Bitterlin. Bien que tout Alger accuse les barbouzes, la presse métropolitaine accusera l'OAS.

 

22 Novembre 1.961:

Le gouvernement dissous le comité de Vincennes.

Dix plastics à paris.

 Vitalis Cros nommé préfet de police à Alger, il fera arrêter Salan, mettre à sac Bab-el-oued et fusiller les manifestants pacifiques qui descendront la rue d'isly le 22 mars 1.962. Il a commis un livre d'où il ressort qu'il n'était au courant de rien.

 

23 Novembre 1.961:

30 plastics à Alger.

6 attentats terroristes font 3 morts dont le sous officier interprète Malek, et 6 blessés.

Le capitaine Lacoste-Lareymondie arrêté et écroué à paris pour complot contre la sûreté de l'état.

 Dans le souci de faire approuver sa politique par l'armée De gaulle organise à Strasbourg un grand show.

L'OAS le retarde de quelques heures en annonçant par téléphone qu'un des deux trains portant les officiers vers la bonne parole gaulliste allait sauter, les trains sont arrétés, passés au peigne fin, rien.

Soustelle: Strasbourg fut choisi par le Chef de l'État pour y réunir, le 23 novembre, environ trois mille officiers que l'on fit venir de métropole, d'Allemagne, d'Algérie et des plus lointaines garnisons d'Afrique. Il s'agissait d'endoctriner l'Armée et, selon ce qu'expliquait la presse, de la guérir de la fièvre du djebel, autrement dit de lui faire oublier l'Algérie en lui promettant un grand avenir.

"L'Armée de demain ne perdrait plus son temps à combattre une poignée de guérilleros dans des maquis africains; elle disposerait d'engins atomiques, d'armes ultra- modernes pour jouer un rôle de premier plan en Europe. A ces perspectives qu'on supposait alléchantes s'ajoutait l'argument d'autorité: l'Armée n'avait d'autre mission que de servir l'Etat, et ceux qui oseraient sortir de cette orthodoxie ne seraient plus que des "soldats perdus".

A quoi, dans leur for intérieur, bon nombre de ces officiers impassibles répondaient qu'il était vraiment étrange de faire perdre à l'Armée française la guerre dans laquelle elle était engagée sous prétexte de la préparer à un conflit hypothétique; que la mission permanente de l'Armée, au service de la nation, c'est de préserver l'intégrité du territoire, et que c'est précisément à cela qu'elle se consacrait en Algérie; qu'on ne voit pas à quoi peut mener une politique qui consiste à faire face à la menace soviétique à propos de Berlin - la France se mettant même "en flèche" par rapport à ses alliés - tout en abandonnant au communisme la plate-forme nord-africaine qui lui permettrait de tourner l'Europe par le Sud; que si la liberté des Berlinois de l'Ouest mérite qu'on se batte pour la défendre, celle des Français d'Algérie, et leur vie, ne sont pas à négliger; et qu'enfin, si le général de Gaulle n'avait pas trouvé, en 1940, un certain nombre de "soldats perdus", à commencer par Leclerc dont il célébrait la mémoire, il serait resté seul à Londres.

Corrects et disciplinés, les officiers rassemblés devant le podium où se tenaient De gaulle, Massu en képi à feuilles de chêne, Pflimlin et d'autres officiels, après avoir attendu debout de longues heures par un froid polaire, écoutèrent l'allocution présidentielle sans qu'un muscle de leur visage bougeât. Quand le général entonna, pour finir, La Marseillaise, seule la tribune officielle la reprit avec lui; on vit alors les photographes se précipiter sur les premiers rangs et prendre des clichés de ces hommes à la bouche immobile. Bref, ce fut dans l'ensemble un fiasco.

C'est que le malaise de l'Armée n'avait fait que s'aggraver depuis avril. Même ceux des officiers qui avaient suspendu leur décision au moment du "putsch" ou qui l'avaient désapprouvé, voyaient avec inquiétude et chagrin la virulence toujours accrue des campagnes de presse contre l'Armée menées avec la complaisance visible du pouvoir, la délation rongeant les cadres comme une gangrène, le noyautage communiste du contingent ouvertement encouragé.

Les plus disciplinés ne pouvaient pas fermer les yeux face à une réalité chaque jour plus tragiquement évidente, celle de l'échec de la politique algérienne menée par De gaulle contre ce qui avait été trois ans plus tôt le sentiment unanime de l'Armée. Ils ne pouvaient pas davantage s'empêcher de constater les ravages que les sanctions et les mutations avaient faits dans leurs rangs, et la division qu'on y avait systématiquement introduite. Ils observaient également que la situation militaire en Algérie allait se détériorant, comme l'avait relevé le rapport des sénateurs, en raison de la trêve unilatérale, du retrait de certaines unités et de la liquidation des services d'action psychologique.

Soustelle, l'espérance trahie, Editions de l'alma, 1.962.

 

24 Novembre 1.961:

Jouhaud, clandestin, effectue une liaison sur Alger pour rencontrer Salan. Il en retire l'impression que l'O.A.S. est à Alger beaucoup moins unie qu'à Oran. Si Salan, entouré de Susini et de Ferrandi tenait les rênes avec fermeté, des groupes autonomes (les nationalistes avec Leroy et Villard, les réseaux militaires de Godard, Lagaillarde depuis Madrid…) se couvraient du nom OAS pour des actions condamnables. En outre l'action en métropole était totalement incontrôlée. (voir son témoignage à la date du 18 Novembre).

A Paris, Sergent, toujours réel patron de l'O.A.S métropole, donne une interiew à une journaliste suédoise. C'est Laudenbach qui a organisé la chose. L'interview a lieu dans une campagne de l'écrivain Jacques Laurent, qui joue pour l'occasion le rôle du secretaire de Sergent. L'interview a un retentissement mondial.

 

  25 Novembre 1.961:

 12 plastics à Alger.

10 attentats individuels dont un sergent, deux passants tués et 24 blessés.

Plastics à Avignon, le Trayas, Aix en Provence.

Le sénat repousse le budget de l'algérie par 135 voix à 62.

Alleg, l'auteur de "la torture" qui vient de s'échapper d'un hôpital de prison donne une conférence de presse à Prague.

 

26 Novembre 1.961:

Trois plastics à Marseille, dont un qui vise le journal de Defferre.

 Salan déclare à un journal de Londres "je ne connais qu'un fascisme en france, c'est celui des gaullistes".

Dans la foulée, il donne l'ordre d'arreter tout plasticage à partir du premier décembre.

Deux émissions pirates de l'O.A.S. en métropole, l'une à Cannes, l'autre à Antibes.

 Attentats divers, 15 morts et 87 blessés, en particulier à Alger où un militaire du contingent est abattu. Des ratonnades se produisent à Alger, après ces attentats, trois musulmans tués.

Piednoirades à Oran où deux européens sont lynchés à mort par la foule musulmane.

Deux émissions pirates cette fois à la télévision.

Le comité des affaires algériennes de ce jour, devant l'inefficacité de la répression anti O.A.S. (tous les policiers en sont) décide d'envoyer de façon secrète la mission C, commandée par le commissaire Hacq, 110 policiers à Alger, 60 à Oran, 30 à Constantine, renforcés par 30 gendarmes.

 

27 Novembre 1.961:

L'union nationale des étudiants de france réclame des négociations avec le F.L.N.

 Embuscade, sept militaires tués, deux blessés.

Deux morts à Alger.

piednoirades à Oran, un égorgé, trois lynchés.

Deux assassinés à Misserghin.

Un à Mascara.

Dans son bulletin hebdomadaire numéro 16, L'O.A.S. Bône explique les raisons de ses plastics de la semaine (12), policiers anti OAS, FLN, refus d'aider l'OAS, et nie sa participation dans 3 autres plastics.

 

 28 Novembre 1.961:

Lors de l'enterrement des deux victimes de la piednoirade de la veille, les Oranais effectuent une ratonnade, 6 blessés musulmans. Bien entendu le presse qui n'a rien dit des morts de la veille stigmatise les déchaînements de haine du jour.

4 assassinats à Alger.

Un à Constantine.

Un à Bel Abbés.

Arrivée des premiers barbouzes à Alger, ils sont immédiatement détectés par une population apeurée et sourcilleuse sur sa sécurité, et dénoncés à l'O.A.S. Le deux décembre, france soir racontera leur vie (courte) leurs mœurs, sur info de l'O.A.S. Cette chasse au barbouze n'aura pas que des résultats positifs pour l'O.A.S. car ses clandestins seront dénoncés avec la même obstination, et quand le responsable local rendra compte on sera obligé de lui dire que c'est un ponte, cela mettra trop de monde au courant de leur résidence.

Plastics à Paris, Avignon, Orange, Montpellier, Arles.

 

29 Novembre 1.961:

Petit à petit, Paris a infiltré à Alger (en plus des barbouzes, non officielles) 200 policiers chargés spécifiquement de la lutte anti O.A.S. c'est la mission C.

Deux assassinés à Alger.

Un à Bône.

Trois morts et deux blessés suite au mitraillage d'un café de Rivet, à l'arme automatique, à partir d'un véhicule.

Ratonnades à Oran, petit à petit la ville se divise en quartier séparés, ceux qui sont minoritaires dans leur quartier se réfugient chez des amis.

Les forces armées, attaquées par une foule à l'Eolienne, un village du sud Constantinois, tirent dans la foule et font deux morts et sept blessés. Le F.L.N. a fait basculer la masse musulmane de son coté, s'appuyant sur l'attitude du gouvernement et l'opinion publique métropolitaine.

Quatre plastics à Bône.

Comme lors de la manifestation de juin 61, 2.500 algériens défilent dans paris aux cris de "paix en algérie" "le fascisme ne passera pas" et "O.A.S. assassin". La police charge, nombreuses arrestations.

Le Délégué général Morin communique avec de nombreuses précautions à son ministre un sondage d'opinion réalisé à Alger: Sur 600 personnes sondées, un seul, curé, est favorable à l'indépendance. 90 % des sondés de Bab el Oued ont refusé de répondre, les autres sont dans l'O.A.S. Dans les professions libérales, 85 % répondent, ils "font confiance à l'O.A.S., ils pensent qu'il n'y aura pas d'algérie indépendante, ils expriment une haine des hauts fonctionnaires supérieure à celle qu'ils portent au F.L.N." La sondeuse conclût : " ... La réalité clandestine existait, l'O.A.S. n'a fait que canaliser cette force, l'entretenir et la focaliser."

 

  30 Novembre 1.961:

 Nouveaux affrontements à Oran entre européens et musulmans, les forces de l'ordre s'interposent, un mort pied noir, égorgé, 17 blessés.

Quatre assassinés à Alger.

Un à Constantine.

Quatre brasseries connues pour les sentiments algérie française de leur propriétaire plastiqués par les barbouzes, dans une tentative pour introduire la zizanie dans l'O.A.S.

 L'ex commissaire Dides, conseiller municipal de Paris, arrêté pour son discours pro algérie française à une réunion du comité de Vincennes, depuis dissous, est remis en liberté.

Sa sortie donne lieu à une manifestation des (très) nombreux détenus algérie française de la santé, la police doit intervenir dans la prison.