Février 1958

 

 

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1 Février 1.958 :

Pour comprendre la partie qui va s'engager il convient de regarder une carte. Le barrage électrifié couvre la frontière tunisienne mais ne la jouxte pas. Pour des raisons de commodité matérielle, dans ce terrain difficile des monts de la Medjerda où les axes routiers sont peu nombreux et la végétation particulièrement drue, il s'en éloigne sensiblement. Depuis Mondovi, le pays natal d'Albert Camus, dans la plaine de Bône, il suit la voie ferrée jusqu'à Souk-Ahras. Après quoi, dans un paysage plus dégagé, il peut piquer plein sud sur Tébessa .

C'est là, entre Mondovi et Souk-Ahras et même, plus exactement, entre Duvivier et Souk-Ahras, qu'il existe un créneau privilégié pour tenter de passer. Le barrage est alors face au " bec de canard ", le fameux saillant de Gherdimaou, qui pointe face au petit village de Lamy. L ' A.L.N. a, dans ce saillant, une bonne partie de ses bases et de ses camps. De là, les katibas peuvent s'infiltrer sans grand dommage dans le massif forestier de l'oued Soudan. C'est une base de départ idéale pour s'approcher de l'obstacle, l'étudier, le franchir et s'enfoncer en Algérie. Or de l'autre côté du barrage, justement entre Duvivier et Souk-Ahras, où il va falloir faire très vite pour s'éclipser et échapper aux recherches françaises une fois l'alerte donnée, le terrain est tout aussi couvert. Sur une bande d'une trentaine de kilomètres de largeur du nord au sud, les bruyères, les lentisques dépassent souvent la taille d'un homme. Plus au sud s'amorcent les hauts plateaux dénudés, plus au nord s'ouvre la plaine de Bône avec ses orangeraies et le lac Fetzara, aux abords désolés et uniformes.

Cette voie plein ouest vers l'intérieur de l'Algérie passe au nord de Guelma, petite cité dans une cuvette, riche de ses ruines romaines et de ses cultures de tabac. Guelma sera à la bataille nord du barrage ce qu'a été Tébessa au sud.

La zone Est Constantinois est maintenant aux mains de Vanuxem. Celui-ci, de son P .C. de Bône, a vite compris quelle partie allait se jouer - le ravitaillement en hommes et munitions de la rébellion - et quel prix allait y mettre le F .L.N . Il a demandé a Salan des renforts et les a obtenus. Les paras, la légion sont là.

Son pragmatisme ne s'embarrasse pas de formalités. Il veut de l'efficacité. Pas de guerre d'états-majors ! Une guerre de soldats, de chefs compétents.

Sautant les hiérarchies et les lourdeurs territoriales, il lance ses colonels de choc: Buchoud et Jeanpierre, deux hommes qu'il sait pouvoir coller au terrain et jongler avec les moyens. A ces jeunes colonels il confie un commandement tactique bien supérieur à leur grade: troupes à pied, blindés, hélicoptères, aviation, etc. Il ne sera pas déçu.

Buchoud est à Laverdure, petit village de colonisation à une quinzaine de kilomètres au nord-ouest de Souk-Ahras. Collé au barrage, il s'axe plutôt sur les abords de la ville de Saint-Augustin. Son régiment, qu'il a créé et façonné est constitué pour l'essentiel d'appelés du contingent, volontaires pour les troupes aéroportées. Son encadrement, qu'il a lui-même sélectionné, façonné, comporte plus d'un ancien d'Indochine. Avec Buchoud, des unités de secteur.

Le 21 janvier, Jeanpierre est arrivé à Guelma avec son 1er R.E.P., qui rêve d'en découdre sérieusement. Jusque-là, l'expédition de Suez, la bataille d'Alger , quelques incursions sur Hassi-Messaoud ou l'Orléansvillois ne lui ont guère permis de faire parler la poudre. Aussi ce magnifique outil de combat attend-il son heure avec impatience. Guelma va la donner à ce régiment où se mêlent des jeunes et des vétérans d'Indochine rescapés de deux ou trois séjours en Extrême-Orient et, pour certains, de Dien-Bien-Phu. Jeanpierre domine son sujet. Il a la carrure pour, mais il est bien servi. Il y a aussi un commando de vietnamiens, et une troupe nomade montée de harkis de Guelma.

La grosse bataille va durer trois mois, de fin janvier à début mai. C'est l'époque où les nuits sont longues, propices à une marche discrète. Le scénario est rituel. Les Algériens forcent le barrage dans la première partie de la nuit, s'octroyant ainsi quelques heures pour gagner des couverts avant le lever du jour. Les véhicules blindés de la herse en patrouille permanente sur la piste qui longe le barrage localisent la coupure signalée par la rupture du réseau.

L'alerte donnée, le branle-bas réveille les cantonnements. Le passage d'une centaine d'hommes laisse toujours quelques traces et il est rare que les pisteurs musulmans se trompent. Ces ralliés, habitués des lieux, savent repérer les axes de marche des groupes infiltrés. " Ils doivent se trouver par là... " Et la main tendue désigne la zone proche où les djoundi doivent se terrer .

 Dans le ciel, dans son Alouette, Jeanpierre règle ce vaste carrousel. Le 1er R.E.P., sur ces pentes de l'Est Constantinois, perd dans ces semaines brûlantes 111 tués et 272 blessés. Près de la moitié de son effectif combattant. Mais quel bilan! Mitrailleuses, F .M., fusils de toutes nationalités s'amoncellent. L' A.L.N. a laissé devant le 1er R.E.P. près de 2000 morts.

Vanuxem, qui sait parler aux hommes de guerre, lui décerne le titre de: "premier régiment d'assaut de l'armée française". Un titre qui fait envie à son cadet, le 2e R.E.P. , engagé à cette heure en willaya II après les rudes mêlées de Tébessa. Pour ne point être en reste, le 26 avril, il règle un des plus beaux faits d'armes de la guerre d'Algérie dans les Béni-Sbihi, au sud-est d'EI-Milia. Plus de 220 rebelles hors de combat en quelques heures avec l'armement correspondant saisi. La 2e compagnie - une palme à son fanion - a donné l'assaut comme en 1914, à la montre, après une minute de feu de ses armes automatiques.

Fin avril, l' A.L.N., pressée par les combattants de l'intérieur qui réclament de l'aide, lance ses ultimes forces dans la bataille. Dans la nuit du 29, un fort contingent perce le barrage aux abords mêmes de Souk-Ahras, au djebel Mouadjène. Buchoud intervient et les hélicoptères bourdonnent à nouveau. Sur le plateau du Mouadjène, la 3e compagnie, lancée en pointe, se trouve seule face à une très forte résistance. Un moment, celle-ci semble fléchir. Des hommes agitent les bras dans la ligne algérienne. Ils donnent l'impression de vouloir se rendre. La compagnie s'avance presque à visage découvert vers cet adversaire qui paraît capituler et soudain les armes automatiques adverses se dévoilent. La 3e compagnie perd 32 hommes, dont son capitaine, de Beaumont. Les survivants, encerclés, forment le carré tandis que Buchoud rameute tous les siens. Toute la soirée, le combat fait rage. Il va durer trois jours encore. Le 30, jour de la fête de Camerone à la légion, le 1er R.E.P. accourt de Guelma. Le 1er mai, à l'aube, le 2e R.E.P ., qui a roulé toute la nuit depuis Philippeville, débarque à son tour. Côte à côte, bérets rouges et bérets verts vengent les morts du 29 avril. L'A.L.N., en ces quatre journées, a perdu 307 combattants et tout leur armement. Le 2 mai, Latreche Youssef, l'un des derniers chefs algériens, est tombé.

 Avec la bataille de Souk-Ahras s'achève pratiquement la bataille du barrage nord. Le mois de mai et les suivants verront surtout la chasse aux rescapés disséminés dans les massifs avoisinant Guelma. Le bilan de ces mois de combats est lourd, surtout côté algérien. Le F.L.N. accuse des pertes difficiles à combler. Le colonel Ouamrane, responsable de la direction de l'armement et du ravitaillement, le reconnaît le 8 juillet dans son rapport au C.C.E. : "L 'heure est grave. L ' A.L.N., qui a atteint une puissance respectable par ses effectifs et son armement, subit actuellement de lourdes pertes (plus de 6 000 moudjahidin tombés en deux mois dans la seule zone de Duvivier). (enfin bon 6000, disons 1000 et n'en parlons plus). Les pertes en cadres compétents, formés politiquement, ne sont malheureusement pas compensées par la promotion de jeunes suffisamment aguerris". (Cité par Harbi, archives de la révolution algérienne).

Ce constat révèle bien l'efficacité du barrage. Désormais, rares seront ceux qui de l'autre côté de la frontière songeront à le franchir. Les tentatives du printemps 1959, sur une échelle plus modeste, conduiront au même holocauste en combattants algériens.

Mais les Français ont payé cher, eux aussi, leurs victoires, les 4 000 tués et 600 prisonniers algériens, les 3 000 armes individuelles et les 350 armes collectives saisies. Ils ont eu 279 tués et 758 blessés. On a vu les pertes du 1er R.E.P. Celles du 9eme R.C.P. ont été sévères également, car ces deux régiments ont supporté l'essentiel du poids de la bataille avec le 3e R.E.I. Ce sont là des pourcentages rarement atteints durant la guerre d'Algérie, les tableaux les plus noirs provenant surtout des victimes d'embuscades et non d'engagements. Du moins cette bataille coûteuse apporte-t-elle aux Français l'asphyxie à long terme de la rébellion militaire algérienne de l'intérieur du pays.

Paradoxe: en revanche, la puissance militaire extérieure du F.L.N. va s'accroître. Dans la quiétude tunisienne ou marocaine, les faileks s'organisent, s'instruisent. Peu à peu se constitue un corps de bataille que la fin des combats trouvera intact puisque non engagé par suite de la présence du barrage. Le F.L.N. disposera ainsi d'un solide atout militaire à l'heure de l'indépendance. Entre-temps, cet outil inemployé mais puissant sera l'enjeu d'une rivalité sans merci. Qui tiendra l'armée détiendra le pouvoir. Les politiques penseront se l'approprier. Les colonels de l' A.L.N. en décideront autrement.

 (d'après Montagnon, la guerre d'algérie, ISBN 2-85-704-171-1)

  

2 Février 1958 :

 Monsieur et madame Boyer, mécanicien automobile, sont tués alors qu'ils circulaient près de Bougie.

  

3 Février 1.958 :

 Rien

  

4 Février 1958 :

 Bombe dans le Monoprix de Constantine, scènes de paniques, 41 blessés dont 5 doivent être amputés. La foule ne se livre pas aux représailles aveugles que le F.L.N. souhaite.

A la suite se la trahison d'un sous officier d'ctive, ancien d'Indochine, trois militaires du 8 ème R.S.A. sont fait prisonniers à la maison forestiére d'El Hourane. dans la région de Tizanourine (Bougie) Ils sont regroupés avec d'autres jusqu'à constituer un groupe de 28 prisonniers qui nomadise dans la forêt de l'Afkadou.. Le 2e classe au 8e R.S.A ANDREUX Pierre, est l'un d'eux. Il serait mort de gangrène en captivité le 18-11-1958. (Jugement déclaratif de décès rendu le 18-11-1959). Pour une fois le F.L.N. utilise l'arme psychologique, il écrit à sa mère le 11.03.1958.

Madame veuve Simone ANDREUX

Nous vous informons que votre fils Pierre qui se trouvait au poste de Laourane (près de M'Sila) est tombé entre nos mains après l'assaut livré par nos bataillons contre ce poste le 04-02-1958. Il ne tient qu'à vous de mettre fin à sa détention car nous sommes prêts quant à nous, à procéder à un échange de prisonniers sous l'égide de la Croix-Rouge Internationale. Votre devoir envers votre fils et envers tous ses camarades doit vous inciter à remettre cette lettre à la presse éclairée de votre pays, à alerter ainsi l'opinion publique et décider votre gouvernement à agir pour régler le douloureux problème des prisonniers et mettre un terme à la guerre de reconquête menée contre le peuple algérien.

Pour le moment, votre fils est bien traité et pour vous en assurer, il vous appartient d'entrer en contact avec lui par l'intermédiaire de la Croix-Rouge internationale à laquelle vous devez adresser sa correspondance.

Mais nous ne vous cachons pas que notre bonté a des limites que la vie de vos fils el celle de ses camarades, répondront de la vie de nos frères qui sont inhumainement traités dans vos geôles et vos camps, et de notre sur Djamila BOUlRED que votre gouvernement veut exécuter. Cette lettre est un cri d'alerte. A vous d'en tirer profit si vous ne voulez pas perdre votre fils .. P. le Comité de Wilaya III. Le Commandant AMIROUCHE. Signé Mamoud

 

 5 Février 1958 :

 Engin explosif à l'assemblée nationale, très gros dégâts. Le poseur de la bombe n'est toujours pas connu, FLN relayé par un communiste ou gaullistes ?

Saisie d'explosifs chez un communiste à Firminy.

  

6 Février 1958 :

 Arrestation d'un FLN à Lyon, bombes et explosifs saisis.

Un tribunal du F.L.N. (qui condamne à des amendes mais souvent à des mutilations ou à la mort les peu enthousiastes vis à vis du parti) arrêté dans sa totalité à Douai , sur dénonciation.

Fusillades entre bandes rivales à paris, 2 morts.

 La loi-cadre de Lacoste (dont Soustelle et Tillon avaient été des inspirateurs) est publiée au journal officiel, elle commence par "L'algérie fait partie intégrante de la République Française, elle est composée de territoires fédérés qui gèrent démocratiquement leurs propres affaires."

Ce texte est dénoncé par le F.L.N. et ses amis, comme visant à honteusement procéder à un découpage ethnique. Effectivement, les territoires en question sont la Kabylie, les Aurès, les grandes villes à majorité européenne. Cete excellente réforme sera enterrée dans la plus stricte intimité dès De gaulle au pouvoir. ICI les consequences sur Mostaganem.

On peut rappeller qu'en conclusion de Actuelles III chroniques algériennes, (dernier article, "Algérie 1958") Albert Camus avait préconisé une solution assez differente, inspirée par Marc Lauriol, dans lequel les musulmans élus au Palais Bourbon seraient les seuls à voter pour les problèmes concernant les seuls musulmans..

 

 7 Février 1958 :

 Un poste militaire est surpris dans le Constantinois, 15 spahis enlevés, deux tués.

Du 30 Août au 7 février, 29 avions français ont été l'objet de tirs de batteries de DCA situées en territoire Tunisien, près de Sakiet, ils sont touchés, par miracle aucun n'est abattu. C'est le 30 Janvier que le premier avion de reconnaissance sera abattu, l'équipage, posé en catastrophe à 800 mètres de la frontière est dégagé de justesse par une patrouille française.

 

 8 Février 1958 :

 Le 30 janvier, un T 6 est abattu par une D.C.A. située en Tunisie. Le général Jouhaud, qui commande les forces aériennes en Algérie, prévoit une riposte avec l'accord du général Salan et du général Ely, chef d'état-major général de l'armée, c'est-à-dire le grand patron de l'armée française.

Le 7 février au matin, un Marcel-Dassault de reconnaissance est touché, toujours aux approches de Sakiet. Il se pose en catastrophe à Télexa. La riposte prévue tombe. A la mi- journée, Mistrals, T-26 et Corsaire piquent sur Sakiet et sur la mine, là où les cantonnements algériens ont été localisés. Quelques jours plus tard, un communiqué officiel français annoncera 130 rebelles tués.

Le tollé tunisien alerte le monde. La France fait figure d'agresseur.

Cette intervention sur Sakiet débouche sur un malaise au niveau du commandement. Salan, Jouhaud ne sont pas suivis par leur ministre de la Défense, Jacques Chaban- Delmas, gaulliste, qui les désapprouve sans pour autant oser les sanctionner, d'autant que Debré, autre gaulliste écrit dans son journal que si de Gaulle était au pouvoir, c'est Tunis que l'armée aurait bombardée.

Chaban ministre de la Défense Nationale met en place à Alger une antenne de la Défense nationale, antenne théoriquement destinée à surveiller ses généraux, pratiquement pour reprendre un vieux projet: les gaullistes veulent un homme à eux en Algérie, le général Cogny en l'occurrence, pour y être prêt à exploiter les événements en leur faveur.

(d'après Montagnon, la guerre d'algérie, ISBN 2-85-704-171-1)

 version de Jouhaud : L'opération comprenait donc :

- 6 Corsair armés d'une bombe de 500 livres par appareil (D.C.A. de Sakiet).

- 11 B.26 armés de 3 bombes de 1000 livres par appareil (mine de Sakiet).

 Par ailleurs, 8 chasseurs- bombardiers légers Mistral, en alerte sur la piste de Telergma, complétèrent le dispositif pour mitrailler tout poste de D.C.A. non connu aux alentours du repaire fellagha que constituait la mine de Sakiet. L'attaque, déclenchée à partir de 11 heures, donna lieu à un compte rendu rapide à Paris. La réaction dans la capitale fut vive, moins certes le 8 février, qui était un samedi, début de week-end, que les jours suivants. Nos télégrammes expliquant l'action ne donnèrent lieu, compte tenu de l'absence des services de presse le samedi et le dimanche, à aucun communiqué officiel. En revanche, le gouvernement tunisien, profitant de la carence de nos services d'information, s'en donna à coeur joie de protestations et de communiqués spécieux, sinon mensongers.

L'opinion française était très divisée, les positions de chacun très tranchées. Je crois bon, pour ma part, de dégager les points suivants :

- Il faut reprendre un argument déjà cité: la Tunisie avait-elle conservé une stricte neutralité? Avait-on le droit de demander à des hommes le sacrifice suprême, sans leur fournir le moyen de se défendre? Devait-on admettre, à sens unique, les violations du droit international?

- Si le gouvernement tunisien avait décidé d'ouvrir le feu sur nos avions, risquant des représailles, se devait-il d'installer ses batteries en plein centre d'une localité, comme Sakiet, les habitations avoisinantes devenant, ipso facto, vulnérables? La campagne, aux alentours, ne manquait pourtant pas d'emplacement de tir .

- Mais, en fait, le bombardement de Sakiet, fut-il aussi meurtrier qu'une démentielle propagande a voulu le démontrer? Certes, il y a eu malheureusement quelques innocentes victimes civiles, livrées en holocauste par le commandement tunisien et chacun le regrette profondément. Mais une photographie aérienne, prise après le bombardement, montrait que si les bâtiments où étaient installée la D.C.A. étaient détruits à 80 % (gendarmerie, douanes), l'école française et son annexe coranique, l'infirmerie, la poste, la mosquée n'avaient pas été touchées. Le village était intact aux neuf dixièmes. Et si les pertes subies par la population civile, aussi douloureuses fussent- elles, avaient été aussi importantes qu'on le proclamait, comment douter qu'un metteur en scène aussi génial que Bourguiba, n'en eût profité pour des obsèques solennelles suivies par la presse, télévision et radio internationales. En fait, ce fût l'attaque de la mine qui causa les plus lourdes pertes. Le 26, l'ambassade de France à Tunis communiquait : "130 rebelles ont été tués, 40 blessés. La plupart des rebelles appartenaient à une Katiba qui venait de se réfugier depuis quelques jours en Tunisie".

Les fellagha furent enterrés avec discrétion, les abords de la mine gardés par la troupe pour éviter la présence de reporters indiscrets. Et encore un détail révélateur de la duplicité tunisienne, que je tiens d'un ingénieur de la Penaroya, exploitant la mine de Sakiet : le lendemain de l'attaque, on redonna vie à l'école, désaffectée depuis plusieurs mois, le tableau noir portant une leçon datant, bien entendu du 8 février et que l'attaque aurait interrompu.

D'après Jouhaud, Ô mon pays perdu, Fayard, 1969.

 

 9 Février 1958 :

 Une famille enlevée et massacrée par les rebelles à Sidi Bel abbés, non sans que Thérèse (12 ans) et sa mère n'aient goûté aux joies des tournantes.

 

10 Février 1958 :

Le FLN affirme que des ambulances ont été détruites à Sakiet.

 

 11 Février 1958 :

 Rien.

 

 12 Février 1958 :

  "Mon grand-père Alphonse RAYMOND a été assassiné par les terroristes le 12 février 1958. Il était colon à Souk-El-Haad, un hameau de la commune de Ménerville, près de Palestro. Adjudant-chef de réserve, croix de guerre et croix de la valeur militaire, il avait volontairement repris du service et commandait le maghzen de la SAS de Béni-Amran, village voisin du sien." Information transmise par son petit fils par internet.

 

 13 Février 1958 :

 Débat à l'assemblée nationale au sujet de Sakiet.

Grève générale en Tunisie, pour aider le gouvernement à chasser les dernières troupes françaises en Tunisie.

15 militaires tués lors d'un accrochage près de Aumale.

  

14 Février 1958 :

 L'armée tunisienne encercle les casernes de l'armée française encore en Tunisie. Elles sont ravitaillées par hélicoptères et avions.

 Grenade devant le casino municipal de Constantine, 7 blessés.

 

15 Février 1958 :

Rien.

 

16 Février 1958 :

Le propriétaire d'une briqueterie assassiné à Lourmel.

 

17 Février 1958 :

Le secteur de Duvivier établit le bilan de ses opérations, 235 fells au tapis , 41 prisonniers.

 Le gouvernement Felix Gaillard accepte la mission de "bons offices" proposé par les américains, pour examiner la situation au Maghreb. Nombreux, en particulier les gaullistes, dénoncent ce début d'abandon. Ils obligeront Gaillard à démissionner le 15 Avril ouvrant la voie au 13 Mai, à la cinquième république, et à l'abandon de l'algérie.

  

18 Février 1958 :

 Rien

 

 19 Février 1958 :

 Rien

 

 20 Février 1958 :

 Rien

 

 21 Février 1958 :

 La police parisienne arrête 277 personnes tous soupçonnées d'être membres du F.L.N.

Bourgés-Maunoury annonce que de nouvelles mesures anti- terroristes vont être appliquées en métropole.

En fait il s'agit de bruits de bouche pour essayer de calmer la grogne des policiers.

 Un employé des ponts et chaussée assassiné à El Ouricia.

L'imam de la mosquée de Birmandreis assassiné à Alger.

 

 22 Février 1958 :

 Embuscade à Mouzaiaville, 11 soldats tués.

Quatre tueurs du FLN guillotinés à Constantine.

 

 23 Février 1958 :

 une voiture mitraillée près de Saïda, un blessé.

 

 24 Février 1958 :

 Accrochage près de Batna, 22 soldats tués, 40 blessés, 67 rebelles au tapis.

24-02-1958 : une embuscade près de Ténès Camp du Lido, 24 soldats tués, 8 disparus.

: Le 24-02-1958, la section quitte le poste de Taouira, près de Ténès pour aller couper du bois dans la forêt afin d'alimenter la cuisine. Vers 17 heures, au retour, quelques hommes retournent en GMC, les autres dont Guirriec reviennent à pied, ils se retrouvent ainsi en queue de colonne. Ils font une halte à l'oued afin de remplir leur gourde. À ce moment-là, une katiba embusquée sur les pentes déclenche un feu nourri. Ils sont pris dans l'embuscade (22 camarades tués). GUIRRlEC, blessé à la main, saute dans un trou et c'est là après l'embuscade que les fellaghas le découvrent, et font prisonniers les deux survivants dont un soldat algérien du contingent. On n'aura plus aucune nouvelle de celui-ci.

Jean GUIRRIEC 2e classe à la 8e compagnie du 22e R.I est titulaire de la Croix de la Valeur Militaire. il raconte "Lorsque nous avons été accrochés, je me suis rendu compte qu'il ne fallait pas compter sur un apport de renforts, que je n'avais plus de munitions et que nous allions être massacrés. J'ai voulu me cacher dans un trou afin d'attendre le lendemain matin pour me sauver. Mais les fells ont ratissé tout le terrain et m'ont trouvé. Ils ont pris mon arme et m'ont interrogé pour obtenir des renseignements tactiques. Ils savaient les noms des officiers qui nous commandaient à la compagnie. Ensuite nous avons réalisé une marche de trois mois. Pour des raisons de sécurité, tous les deux jours au maximum nous changions de gardien. Ils ne parlaient pas beaucoup et m'avaient averti qu'en cas d'accrochage avec les français, ce serait moi qui passerais le premier. Nous ne nous déplacions que la nuit, parfois dans le sable, voire même la neige. Dès le petit matin nous nous cachions dans des grottes dont l'orifice n'était pas plus grand que le corps d'un homme. Nous devions nous faufiler, ramper jusqu'aux caches qu'ils connaissaient par cur. Là se trouvaient des ravitaillements: pois chiche, couscous. Je mangeais avec un garde à mes côtés, mais ce n'était ni très bon, ni copieux. J'ai pu voir des stocks de matériels français soigneusement rangés. Il y avait des chaussures, des vêtements pris sur les cadavres de nos soldats, mais je n'ai jamais vu de vraies caches d'armes. Pourtant un jour, un chef algérien m'a montré quelques armes récupérées. J'ai cru reconnaître la carabine US d'un sergent chef de ma compagnie.

De temps en temps, j'étais soigné par des infirmières algériennes qui venaient dans les grottes. Elles portaient une tenue militaire semblable à celle des hommes, s'occupaient de mon pouce et me donnaient des médicaments. Je me souviens encore que les Algériens avaient coupé les crampons de mes pataugas afin que je ne laisse aucune trace sur le sol qui aurait pu être reconnue par les Français. Mais ces chaussures m'ont lâché avant la fin. Mes gardes m'ont donné de vieilles godasses récupérées, je ne sais où, pour continuer la marche.

Parfois nous dormions à la belle étoile. Nous ne traversions pas les villages et nous ne rencontrions jamais personne. Puis, nous nous sommes retrouvés très nombreux dans la région de Colomb Bechar pour tenter de nous infiltrer par ce passage difficile. Il y avait beaucoup d'Algériens dont des blessés.

À la première tentative, les mines ont sauté et nous n'avons pas pu passer. Alors une draisine équipée de projecteurs et de mitrailleuses a circulé sur la voie ferrée pour tenter de nous repérer, mais nous avons réussi à fuir. Une quinzaine de jours plus tard, nous avons effectué une seconde tentative dans un secteur différent. Là nous avons réussi à passer. Nous avons continué notre marche jusqu'à Oujda où je me suis retrouvé, exténué, dans une mechta avec quatorze autres prisonniers. Nous sommes restés là six mois sans bouger, sans sortir, dormant sur une paillasse avec une seule couverture. C'étaient toujours les mêmes hommes qui nous gardaient. Ils nous avaient donné des cartes à jouer et de vieilles revues françaises pour nous aider à passer le temps. Chaque matin, deux d'entre nous étaient désignés pour sortir de la maison et aller laver la cour. Moi j'étais dispensé en raison de ma blessure au pouce.

Nous étions nourris un peu moins mal que durant notre longue marche. Nous mangions dans la même gamelle, un plat d'oignons, un plat de couscous, ou un plat de lentilles pour cinq. Heureusement personne n'a été malade et nous avons pu envoyer une lettre à nos familles par l'intermédiaire de la Croix Rouge internationale. J'ai été libéré le 03-12-1958 d'Oujda (Maroc).

Après la fatale opération, j'avais été porté disparu. Mes parents n'ont su que très tardivement que j'étais incarcéré au Maroc.

"Militaires français prisonniers du F.L.N. ou disparus en Algérie", jean-Yves Jaffrés, http://www.miages-djebels.org/spip.php?article138

  

25 Février 1958 :

 Accrochage en petite Kabylie, désastre, 21 tués, 30 blessés, 3 disparus.

 

 26 Février 1958 :

110 rebelles tués près de la frontière marocaine.

26-02-1958: l'embuscade. Nous étions la derrière section, composée de 30 hommes, qui allait à la rencontre d'un convoi. lors d'une ouverture de piste dans les gorges d'Aflou dans le djebel Amour. . Nous sommes pris dans une embuscade. Encerclés les tirailleurs tombent les uns après les autres jusqu'au moment ou les survivants submergés se trouvent prisonniers du F.L.N. Il y eut 3 morts et 15 prisonniers (11 algériens et 4 européens (DZIEZUK, FOURNIER, MEDLÈS et JACQUEY). L'alerte avait été donnée. À un moment donné, les avions nous tiraient dessus et nous recevions des obus de mortier. Notre groupe de prisonniers fut divisé en sous-groupes plus restreints, moins visibles dans les déplacements.

Durant trois mois nous nous sommes continuellement déplacés. Nous avons été encerclés à plusieurs reprises par l'armée française. Nous mangions un peu lorsque nous allions dans les villages. Trois mois d'errance, mais pas de maltraitance. Nous avons passé la ligne électrifiée, le réseau barbelé et miné. De là, nous avons été guidé vers le Maroc où nous sommes restés six mois. Nous étions 15 dans la même pièce de 10 mètres sur 4 mètres. Nous avons retrouvé des européens dont deux hommes de mon régiment: Yvon JACQUEY, qui était mon tireur, et François FOURNIER, adjoint au chef de section. Nous dormions à même le sol sur des descentes de lit. Nous jouions aux cartes, très peu de lecture, pas de nouvelles. Nous ressentions un certain émoi. Nous n'avions aucune discussion avec les gardiens et nous mangions assis par terre dans une grande cuvette. Nous sortions une fois par semaine pour une corvée.

Le 02-12-1958, des gradés algériens sont arrivés avec une liste de 14 hommes, sur 15 prisonniers, qui seront libérés. Huit seront tirés au sort. Le nom de Jean DZIEZUK est sorti le dernier. Nous sommes allés dans une autre salle, où on a pris nos mesures pour être vêtus en treillis avec écusson du F.L.N., chemise noire et cravate kaki. Une voiture nous conduit à Rabat. Le Croissant Rouge algérien nous remet au Croissant Rouge marocain en présence de la princesse Lalla Aïcha (fille aînée du roi du Maroc et présidente d'honneur du Croissant Rouge marocain). C'était le 03-12-1958. La princesse nous remet à son tour à la Croix Rouge Internationale de Genève, en l'occurrence M. Pierre GAILLARD, délégué de la Croix Rouge.

De Rabat jusqu'au Val-de-Grâce à Paris nous avons pris l'avion de M. l'Ambassadeur de France au Maroc, M. PARODI Alexandre. Nous avons passé des visites médicales, puis interrogés par des journalistes qui voulaient savoir où nous étions prisonniers, le nombre de prisonniers restés là-bas ... Nous nous sommes tus pour qu'il n'y ait pas de conséquences sur les camarades restés sur place. Après la visite et les interrogatoires, on nous a remis de M. DE LATTRE DE TASSIGNY un colis, un peu d'argent et un billet de train.

Le camp d'Oujda, en fait, n'était qu'une simple maison marocaine avec une cour centrale. La maison de l'habitant au centre, et une grande pièce sur les côtés. Une quinzaine de prisonniers occupait l'une de ces pièces. Il s'agissait d'une maison d'habitation surveillée par des gardiens. Il n'y avait, semble-t-il qu'un camp à Oujda.

Six autres hommes ont été libérés au mois de février 1959.

"Militaires français prisonniers du F.L.N. ou disparus en Algérie", jean-Yves Jaffrés,

http://www.miages-djebels.org/spip.php?article138

 

 27 Février 1958 :

 Toujours la bataille des frontières, 225 rebelles au tapis, 20 soldats français tués, 40 blessés, près de Duvivier.

Le comité de défense nationale, tirant les conclusions des menaces des tunisiens et des marocains sur ce qui reste de nos troupes dans ces pays, et de leur vulnérabilité (les américains ont armés ces deux pays malgré nos demandes contraires, une partie est allée au F.L.N.) décide de ne garder que Bizerte, et les bases aériennes du Maroc.

 

 28 Février 1958 :

 Rien

 

29 Février 1958 :

 Trois agriculteurs assassinés dans trois fermes en algérie.